Fin rose…
FIN ROSE
« Viens ! Vite. Ta maîtresse. Pat. »
Ses yeux qui s’écarquillent.
Le garçon un autre verre.
Elle peine à le croire, réalise enfin dans les vapeurs de l’alcool.
Le Métro.
Vite.
La monnaie cherchée dans ses poches.
Dans celle de droite, une pièce de deux Euros, quelques centimes.
La boite de Lexomil qui l’emmerde, prend de la place.
Poubelle, plus la peine.
Couloirs interminables.
Rame bondée, un changement.
Gare de Lyon.
Coup d’œil sur le tableau d’affichage.
Un TGV pour Marseille dans un peu moins de deux heures.
Sa Carte Bleue refuse d’être débitée par le distributeur.
Le guichet.
Une queue qui lui paraît interminable.
Son tour enfin.
Marseille, un aller-simple, un chèque.
Un roman acheté au hasard au point-presse, des cigarettes.
La brasserie en face de la gare, les cafés bus nerveusement.
Clope sur clope à la terrasse chauffée.
Plus qu’une demi-heure.
Le train, voie numéro 6.
Sa valise, sa place.
Elle se plonge dans sa lecture, n’arrive pas à se concentrer.
Envoie SMS sur SMS à Pat.
Son heure d’arrivée, trois fois.
Se laisse bercer doucement, portée par ses pensées.
Au bout le soleil.
Celui de son amour où elle se consumera jusqu’au bout.
Éclatante de beauté avant de faner.
La médiocrité chassée de sa vie, enfin, à jamais…
Rennes, le 29 mars 2009.
FIN noire…
Pat.
Elle roule déjà depuis une heure.
Doit être loin maintenant.
La Bourgogne peut-être.
« J’arrête. Ne me tel pas. Pat »
Prévisible, mais l’espoir toujours.
De l’impossible.
Elle hoquète.
Ne retient pas ses sanglots.
Gêne de son voisin.
Elle s’excuse, se lève, le dérange.
Le bar, à côté.
Le serveur qui hésite, lui vend quand même les flasques de Cognac qu’elle enchaîne.
SMS.
« Je t’aime. Ne me quitte pas. Jane. »
Une ou deux minutes.
Le bip du téléphone, la réponse.
« C’est terminé. N’insiste pas. Pat »
Ses jambes qui se dérobent.
Tête qui tourne, pensées embrouillées.
Ne pas rentrer dans le rang.
Dans la grisaille du quotidien de Jean.
Pas à nouveau.
Les toilettes sont libres.
Le Lexomil, il reste 2 tablettes de dix, 4 cachets dans la troisième.
Le robinet.
Trois fois de suite.
Elle chancelle déjà en regagnant sa place.
S’endort presque aussitôt, perd conscience.
N’entend pas le contrôleur, les sirènes, le brouhaha autour d’elle.
Dans trois jours Pat sera au crématorium.
Ultime victoire.
Rennes, le 29 mars 2011.
Episode 10
En cours d’écriture ce samedi 26 mars…
Publication lundi 28 !
Retrouvez “Les sulfureuses” mais aussi des articles, des liens littéraires amis LGTB ou non, des vidéos documentaires LGTB et/ou de luttes sociales, de la musique sur mon U Tube, des communiqués d’actualité,… sur mon site : http://laplumedejane.yolasite.com/#/ !
MON NOUVEAU SITE : Rose, rouge, noire, la plume de Jane
Ce tout nouveau site inclus bien sûr les épisodes parus (9 sur 10 !) de mon feuilleton « Les sulfureuses ».
Le dernier épisode sera publié sur ce blog, en lien avec “La plume de Jane”
Mais aussi des articles, entretiens,…cinéma, musique, littérature, luttes sociales parus essentiellement dans le mensuel “Alternative Libertaire “, mais aussi dans ”L’Ecole émancipée” et “N’autre école “.
D’autres suivront au fil de l’actualité sociale, culturelle, LGBT…ainsi que de nombreux liens !
Merci d’avance de votre intérêt et visites.
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Episode 9
Épisode 9
Paris, V° arrondissement.
Les six étages à grimper à nouveau.
Leurs souffles courts.
Une part d’excitation.
L’appartement.
Elles s’écroulent sur le canapé.
Se dévorent, se caressent.
Nues maintenant prises du même désir.
Frémissent sous les baisers des deux autres, les mains qui caressent leurs corps.
Jane et Claire.
Qui s’attirent mutuellement.
Se regardent.
S’embrassent.
Arrêtent.
Gêne mêlée de désirs insensés.
Pour Claire surtout.
Conscience que son amante est un amant…
Le trouble qui monte tout de même.
Refus inconscient d’un mec.
Et pourtant ce désir !
Si femme.
Étonnée de la douceur de Jane.
De ses mains de femme, longues et fines.
De ses lèvres tendres, la baisant doucement.
De sa réaction.
Des caresses qu’elle aussi lui prodigue, parcourant son torse, son dos, ses fesses.
Jamais son sexe.
Blocage de Claire.
Frustration de Jane, agréable comme un jeu.
Elles ne sont plus que deux.
Sous le regard noir de Pat.
De rares baisers accordés, quelques caresses sans tendresse.
Elle a perdu le contrôle du jeu.
Devient furie.
Prend Jane par les cheveux, les lui tire en arrière.
– Salope !
Jane proteste, Pat qui tire plus fort, lui fait mal.
La frappe.
Ses fesses de toutes ses forces.
Jane jouit avant de réaliser que ce n’est plus un jeu.
– Sale pute !
Une gifle.
Comme une brisure.
Violente, destinée à faire mal.
Physiquement.
Psychologiquement aussi.
Ordre de ne plus bouger.
–Tu es à moi ! Compris ?
Jane soumise, obéit.
Encore cette fois.
Satisfaction de Jane malgré tout.
Avoir échappée un bref moment à son emprise, l’avoir rendue jalouse.
Sourire navré de Claire…
Souvenirs des mêmes moments peut-être.
Ambiance lourde lorsqu’elles gagnent le lit.
Pat qui sépare Claire et Jane.
Se refuse aussi.
Chacune qui se tourne, dos à dos.
Larmes contenues de Jane.
Son amour, son esclavage.
Peur incontrôlable de cette dépendance qui s’impose à elle.
Pourtant, Pat.
Qui a changé sa vie.
L’a fait naître, ne pas la perdre !
Payer le prix du danger.
Personne d’autre maintenant.
Son dernier amour possible.
Malgré la souffrance qu’il engendre.
Larmes qui coulent silencieusement.
Doute qui l’envahit, insupportable.
Si ce n’était qu’une fantaisie passagère pour elle ?
Et puis, Claire maintenant.
Si douce, séduisante.
Si impossible aussi.
Ne pas y penser et pourtant…
Les respirations des deux autres deviennent régulières.
Dormir aussi.
Oublier l’humiliation et le désir, l’amour esclavage.
Sur la table de nuit une boîte de cachets, une petite bouteille d’eau.
Deux Zopiclone.
Les paupières lourdes, d’un coup.
Sommeil de brute, artificiel.
Retour étonné à la conscience.
05 : 24 au radio-réveil.
Pat et Claire dorment toujours.
Enlacées durant la nuit.
Elles se sont peut-être réveillées, ont peut-être fait l’amour.
Entre femmes, vraies femmes.
Envie d’être Jean aujourd’hui.
Ne pas troubler Claire.
Combattre Jane pour tenter d’échapper à la violence de Pat.
Posture masculine du mâle dominant.
Quelle connerie….
Son amour est trop fort, trop passionné, trop dangereux.
Auto-destructeur.
Et pourtant il l’accepte, est prêt à aller jusqu’au bout.
À la descente aux enfers s’il le faut.
Dans la cuisine du café soluble.
La radio, doucement, ne pas les réveiller.
Le Maghreb se soulève.
L’Égypte à son tour libérée.
En Libye la révolte qui gronde, se propage aux pays voisins.
Espoir immense.
Mise en cause profonde de ses certitudes aussi.
Une époque se termine.
Celle de l’Amérique latine, de ses guérillas, de ses révolutions porteuses d’espoir.
Flash.
Il y a presque 25 ans, le Nicaragua.
Son voyage en plein combat.
Soutenir le régime Sandiniste encore naissant.
Les rafales des « Contras » qui sifflent dans le village où Jean était allé construire une école avec d’autres Occidentaux.
La peur de la mort.
Les blessés.
Les AK47 soviétiques qui répliquent.
Une autre époque…
Le Socialisme Guévariste imprégnant sa mythologie révolutionnaire.
L’avant-garde, le Parti nécessaire, les masses…
Jean sourit en pensant au Quartier Latin qu’il fera découvrir à Pat tout à l’heure.
Combien de fois y a-t-il entonné « L’Internationale » à pleins poumons ?
Les révolutions arabes ne sont pas plus socialistes.
Du pain, la Liberté… après tout, même si les déjà futurs dirigeants sont issus du sérail politicien de l’ancien régime.
Les opportunistes, toujours, partout.
Jean n’a jamais su l’être.
Ni en politique, ni en amour.
Entre fidélité à ses principes et lâcheté peut-être.
Timidité de façon certaine, paralysante.
– Déjà réveillé ?
La voix de Claire, enjouée, souriante, qui le sort de ses souvenirs, de ses réflexions.
Du ton auquel on s’adresse à un bon copain.
Qu’espérait-il d’autre… ?
Jean lui fait part de ses doutes, de ses interrogations amoureuses.
Elle les a vécues, le comprend.
Un baiser sur la joue.
Tendre et empathique.
Lui dit de prendre de la distance, de ne pas s’enfoncer dans son propre malheur.
Elle a tout compris.
Sourires échangés, entendus.
Mains dans les mains, timidement.
Son rire.
– Tu t’es fait un Nes ?
Dans le placard la cafetière italienne, du café bio, équitable.
– C’est meilleur !
Le glou-glou de la cafetière, deux tasses.
Le café est bon,très fort.
Réconfortant.
Un baiser dans le cou, tendre, par surprise.
Pat, entièrement nue.
Sa tendresse à nouveau retrouvée.
Jean qui s’affole, ne résiste pas.
Elle.
Son amour.
Claire qui minaude un peu.
Obtient des câlins elle aussi.
Moment de bonheur intense à nouveau.
En un instant, les doutes de la veille, la discussion avec Claire sont oubliés.
Des mots d’amour insensés, passionnés.
Envie de Pat d’un petit-déjeuner parisien.
Coup d’œil par le vasistas, le bistrot d’en face doit être ouvert.
À la douche, ensemble : le chauffe-eau est minuscule.
Prétexte à des caresses coquines.
Les soupirs ne sont pas trompeurs, les attitudes non plus.
Pat qui donne, reprend, passe de l’une à l’autre, donne du plaisir et de la frustration à sa guise.
Jane adore.
Jane…
Jean s’est de nouveau effacé, ses résolutions abandonnées, au bon vouloir de son amour.
Habillées, maquillées, l’escalier, le bistrot.
Les croissants chauds qui craquent dans la bouche, les vrais crèmes au percolateur, un œuf dur pris au présentoir sur le bar.
Elles s’attardent, papotent, commentent les nouvelles du monde étalées à la une du « Parisien » destiné aux clients.
Se décident, enfin.
La Rue Monge, direction le Boulevard Saint-Germain.
Un tour aux arènes de Lutèce, Jane y tient.
Elle est souvent venue lire sur les antiques gradins, il y a longtemps.
À côté, la Mosquée de Paris.
– On va au Hammam ?
Non.
C’est vrai, ce n’est pas mixte…
Oubli un instant de Jane qu’elle est un homme….
Elles se contenteront d’un thé à la menthe brûlant.
Les azuleros sont magnifiques.
Déjà il faut repartir.
Marathon touristique, nostalgique aussi.
Demain le départ.
Ça a passé si vite…
Jane se demande quand, si, elle reverra Pat.
Elles sont si loin.
Elle est si dépendante de son bon vouloir.
Pensées contradictoires qui l’assaillent de nouveau.
Se met à trembler.
Les bras rassurants de Pat qui l’enlacent, la plaque contre elle.
La calme.
La Mutualité.
Temple du mouvement ouvrier.
Jane qui s’anime, qui raconte.
Les meetings électoraux chaleureusement applaudis, l’Internationale sortie de mille poitrines.
Un concert des Bérus, interrompu par les CRS, l’émeute qui a suivi.
L’émotion de la libération d’Abraham Serfaty du bagne marocain de Tazmamart.[i]
Les larmes aussi, hommage poignant à Daniel Bensaïd, emporté par le SIDA après vingt ans de combat douloureux.
Un ami.
Un grand intellectuel aussi.
La voix de Jane qui tremble.
Pat encore qui la prend dans ses bras, embrasse ses yeux humides.
Indispensable Pat…
Son amour.
Claire aussi qui caresse sa joue, se fait douce.
Risque un baiser qui caresse ses lèvres.
Sérénité retrouvée.
Jane se prend à penser que toutes les trois ce serait bien, dans leur complémentarité.
Paris, Rennes, Marseille… rêve impossible.
Le Boulevard St Germain qui s’anime, vivant.
Vit un peu de sa légende.
Les Deux Magots n’accueillent plus de grands penseurs.
D’ailleurs existent ils encore ?
De Camus et Sartre à BHL… régression dérisoire, risible si elle n’était pas triste.
Les parvenus ont pris possession DU « Quartier ».
Un tour par la Rue du Dragon.
Une occupation historique du DAL.
La « Maison des ensembles », version moderne des Bourses du Travail, des discussions enflammées, des ateliers en pagaille, les logements réquisitionnés.
Miséreux installés au milieu du luxe insolent des restaurants, des bijouteries.
Jane toujours qui raconte ses luttes .
Se fait communicative.
Pousse Pat et Claire vers un engagement nécessaire.
Changer l’insupportable.
Essayer au moins, ne pas être complice passive.
Une rue sur la gauche, l’Odéon, le Jardin du Luxembourg.
Pause.
Les jambes fatiguées.
Envie de se poser, de parler.
De l’ambiguïté de leurs relations.
Chacune y pense sans l’avouer.
Des regards cependant, des mains qui se frôlent.
Pat qui parle en premier.
Montre sa jalousie, sa part d’intolérance.
Claire devait dans son esprit provoquer la jalousie de Jane.
Non son désir, palpable.
Le ton est dur soudain.
La menace à peine voilée de la punition corporelle.
Presque une promesse de retour à l’hôtel.
Rester aux commandes.
Son obsession.
Menace de séparation aussi.
Le regard étonné, puis les larmes de Jane.
Silence de Claire.
Compatissant.
Ambiance lourde de nuages.
Futur incertain.
Le départ de Pat, de Jane contrainte et forcée.
Claire abandonnée sur un banc.
Sans un mot, sans un baiser.
Sortie Boulevard Saint-Michel.
Le RER qui les avalent, silencieuses.
Se défiant l’une de l’autre.
Changement aux Halles, République, l’Hôtel.
Fureur de Pat qui éclate sitôt la porte de la chambre claquée.
- Salope !
- Déshabille toi !
Le martinet fouette l’air, laissant peu de doutes sur le châtiment de Jane.
Ordre de se plaquer au mur.
Jane obéit.
La tête baissée.
Sanglots étouffés.
Soudain la douleur.
Son dos.
Les lanières qui claquent.
Une fois, deux, trois…
Plus question de plaisir, de jeu.
Elle cesse de compter.
Sent les zébrures qui la crevassent.
Encore.
Une éternité.
Se sent tomber, n’est plus que souffrance.
Le lit.
Respiration de Pat, près d’elle.
Rapide, excitée.
Sa main qui sert son menton comme un étau.
La force à la regarder dans les yeux.
Domptée.
Comme toujours.
Voix dure qui lui ordonne de faire sa valise, d’être prête au départ.
Train le lendemain.
Elle avait oublié.
Ou ne voulait pas penser à leur séparation.
Le mot envahit son esprit, ne la quitte plus.
Une séparation.
Malgré sa souffrance, pensée intolérable.
Ne pas se quitter pour être sûre.
Que Pat l’aime.
Qu’elle se reverront.
Continuerons à se parler.
Le téléphone, MSN…
Mais l’absence inévitable.
Les mots soudain tendres à nouveau de Pat qui la font trembler.
Si douce et cruelle.
Si séduisante parce qu’imprévisible.
Si maîtresse de ses sentiments.
De sa vie réduite à l’amour qu’elle lui porte.
Qu’elles se portent, elle ne sait plus.
Doute à nouveau, crise de larmes, nerfs qui lâchent.
Voix neutre qui lui propose un kebab dans le Faubourg.
Elle n’a pas faim.
- Bon, j’y vais… chiale !
À nouveau cette violence insupportable.
Ce désamour.
La porte qui claque.
Ses sanglots qui jaillissent.
Corps douloureux secoué de spasmes nerveux.
Un somnifère.
Hésitation, puis un deuxième.
Oublier.
Un pétard loupé, mains qui tremblent.
Refait fébrilement.
Fumé rapidement sans plaisir.
Paupières qui s’alourdissent, fatigue artificielle qui tombe.
Rien…
[i] voir Gilles Perrault, ” Notre ami le Roi”, Gallimard, 1990.
A SUIVRE SUITE ET FIN DANS LE 10° EPISODE..
Episode 8
Épisode 8
Paris, I° et V° arrondissements.
Les quelques centaines de mètres entre le restaurant et l’hôtel.
Retour ponctué de rires.
De bonheur.
Abus d’alcool qui désinhibe.
Baiser échangé sur un passage piétons, voitures qui klaxonnent.
Un sourire du patron à leur retour.
Un couple heureux.
Jane qui sollicite des câlins.
Refus de Pat.
Pas ce soir, fatiguée.
Jane qui insiste, la caresse.
Sa main repoussée.
Soupir, frustration.
Début de sommeil.
Ses sens qui la sortent de sa torpeur.
Baisers sur ses seins, l’extrémité de son sexe, sa bouche.
Pat…
Tendre bourreau.
Jeu cruel de ses sentiments, de son désir.
C’est si bon pourtant.
Si dur aussi.
Parfois, souvent.
Son étreinte plus pressante, plus précise.
Bouche qui parcourt son corps.
Mains, ongles qui s’y enfoncent, la parcourent.
Bras qui se referment.
Sommeil enfin…
Lourd de leur festin, du poids de l’alcool, de leurs efforts de la journée.
De l’émotion de Jane.
Récupérer.
Une étreinte relâchée.
Main qui tombe sur sa poitrine, sans force.
Sourire de Jane.
Éveillée.
Ne bouge pas.
Prend juste la main de Pat.
Se caresse la joue avec.
En profiter.
Grognements de protestation.
Sourire.
Son réveil est toujours difficile.
Un peu grincheux.
La laisser reprendre pied, ne pas la toucher.
Déjà Jane la connaît.
Un peu.
Le rituel de la salle de bain en la laissant tranquille.
Lingettes démaquillantes, shampoing, douche.
L’eau est chaude, s’attarder dessous.
Coups frappés à la porte.
Son peignoir, laisser la place à son amante.
Le rasoir, minutieusement.
Menton lisse.
Fard, mascara, lipstick rose bonbon.
Son petit bustier aujourd’hui.
Les agrafes faites pour être détachées une à une, lentement.
Dévoilant un peu plus de peau cachée à chaque fois…
Souvenir d’un film de Truffaut.
Peut-être « L’homme qui aimait les femmes ».
Un de ses préférés.
Une scène dans un grenier.
Le revoir, penser à le télécharger à son retour.
Un T-shirt mauve, échancré sur sa poitrine factice.
Un jeans, plus pratique pour marcher longtemps.
Petite jupe écossaise par-dessus.
Pat qui sort nue de la salle de bain.
La plaque sur le lit.
Défait rapidement son jeans, remonte sa jupe.
Se caresse, suscite son désir.
Malgré sa violence.
Peut-être à cause d’elle.
Monte sur son sexe, se caresse plus vite.
Jouit.
Rapidement.
Jane qui se caresse, caresse la toison de Pat.
Les mains soudées par sa poigne.
- Non !
Une timide et nouvelle tentative renouvelée.
- Non, j’ai dit !
La gifle de Pat claque violemment, lui fait mal.
Lui signifie sa soumission.
Ou la perte de son amour.
Jane se rhabille, tête basse.
Pat lui redresse le menton, lui plante ses yeux dans les siens.
Elle lui appartient.
Est son homme, sa femme, son objet.
Son jouet.
Jane acquiesce, l’embrasse.
Pat la laisse faire.
Elle l’a dompté, le sait.
L’amour de Jane le lui permet.
Elle lui rappelle leur rendez-vous chez Claire cet après-midi.
Regarde l’adresse notée sur son carnet.
Déchire la page, la tend à Jane.
- On y va ?
C’est Rue Monge.
Le Quartier Latin.
- On se balade ou on prend le métro ?
La voix de Jane tremble un peu.
Souvenir de la frustration de tout à l’heure, retrouvailles avec son ancienne amante…
- Et si…?
Elle n’ose exprimer la fin de sa pensée.
Non, elle, elle l’aime.
Profondément.
Encore.
Toujours.
Le dernier amour qu’elle pourra vivre, si entier, si exclusif.
Tout l’amour qu’elle porte qui s’y engloutit.
Ses pensées qui vagabondent.
- À pied !
Décision de Pat qui la ramène à la réalité.
Sourire de Jane qui aime arpenter les rues de sa capitale.
La faire découvrir à son amante.
À République, elles prennent le Boulevard du Temple.
Déjà l’Histoire à sa trace.
Celle du Marais, nommé ainsi à cause de son emplacement.
Plaie puante dans Paris.
Remblayée par les Templiers qui avaient installé leur Commanderie non loin.
Les légendes ne sont pas loin…
Le cœur de Paris, ses tripes aussi.
Jane s’anime, au fur et à mesure qu’elle conte l’Histoire à Pat.
Celle de sa ville.
Qui se confond souvent avec la grande.
La discussion est interrompue par la Rue Jean-Pierre Timbaud.
- Viens ! Ça doit toujours exister !
Une librairie alternative tendance baba-cool.
Thé – Troc.
Jane y a rencontré Gilbert Shelton, copain du libraire.
Casquette Freak Brothers vissée sur la tête.
Rachetée une qu’elle avait déjà : une dédicace !
Elle a toujours l’exemplaire.
La montrera à Pat la prochaine fois.
Elles sont si loin…
La librairie est presque à l’autre bout de la rue.
Toujours là.
Le libraire a pris un coup de vieux.
En vingt-cinq ans, Jean aussi.
Jane n’existait pas encore.
Une autre époque.
Le bruit de la sonnette lui fait lever la tête.
Un salut, elles regardent les BD.
Jane achèterait bien le magasin.
Craque sur une réédition d’un Crumb introuvable.
Pat regarde les divers modèles de pipes et de narguilés en souriant.
Un baiser.
Heureux, heureuses.
Le canapé du coin salon-de-thé leur tend les bras.
La pause est bienvenue.
Les deux thés à la menthe délicieusement brûlants.
Jane vante à nouveau le Paris historique.
Conservé intact.
Temps d’y aller.
Pat regarde les écharpes, hésite.
Craque sur une bleue, bien chaude.
Le libraire veut papoter, volontiers.
Un bon moment.
S’en vont enfin.
Demi-tour.
Marcher à nouveau.
Presque arrivées à nouveau Boulevard du Temple.
Une petite rue à droite.
La librairie de la Fédération Anarchiste.
À suivre !
Le mec de permanence dit « Bonjour ».
Se replonge dans sa lecture.
Beaucoup de classiques, des T-shirts, des sweats.
Dans les rayons de nouveau.
Un beau livre de photos.
Elles ressortent.
Le Cirque d’hiver.
La Rue des Filles du Calvaire.
La Rue Vieille du Temple.
Dans le prolongement.
Entrée vers le Marais.
Le ventre de Paris.
Les voitures se font plus rares.
Les façades des immeubles XIXe plus belles.
Des balcons aux rambardes de fer forgé.
Des entrées monumentales.
Elles s’arrêtent devant un immeuble.
Restent l’admirer.
Au premier un rideau qui se soulève.
Des bijoux sympas dans une vitrine.
Elles entrent.
Des belles fringues aussi.
Plus un sou.
Le tour des rayons quand même.
Ressortent.
Soudain la Rue des Rosiers.
Un autre monde.
Empli de monde, animé.
Des jeunes, des vieux.
Souvent plus traditionalistes.
Les falafels s’alignent.
Les pâtisseries.
L’appétit aiguisé.
Presque au bout un petit resto russe.
Une formule le midi.
Pas chère.
La pause fait du bien.
Jane continuerait bien prendre un pot dans le quartier Gay.
Pat aussi.
Une Vodka de bienvenue.
La gorge arrachée.
Mais elle est bonne.
Croquettes de lapin, champignons frites.
Deux cafés.
L’addition.
Le temps de marcher elles seront à 14h00 au bar.
Les vieux immeubles continuent de s’aligner.
Témoins du passé de la Capitale.
Soudain, deux improbables maisons.
Mitoyennes, à banc de bois.
Penchant l’une vers l’autre, comme soudées par l’âge.
Épargnées on ne sait comment par l’évolution du quartier aux XVIIIe et XIXe siècles.
Un petit pincement au cœur.
Bientôt les premiers drapeaux arc-en-ciel, les premiers autocollants siglés SNEG dans les vitrines de magasins de mode.
Les premiers couples masculins ou féminins aussi.
Instinctivement Jane qui prend Pat par la taille.
Elle qui met sa main dans la poche arrière de son jeans.
Des mecs, pas mal, lookés tendance branchés.
Sensation de liberté.
Un long baiser.
Malaise aussi.
Une autre dimension, extérieure au monde.
Liberté gagnée mais ghettoïsée.
« La tolérance, il y a des maisons pour ça ».
La phrase revient à l’esprit de Jane.
Discussion animée avec Pat.
Plus optimiste.
À long terme…
Les bars se ressemblent tous un peu.
Modernistes, épurés, techno à fond.
Sans beaucoup d’âme, froids.
La musique énerve Jane, fait faire la moue à Pat.
Toutes deux Rock.
Guitare, basse, batterie, chant.
Une boîte à rythme à la rigueur.
De la rage.
Fans de Patty Smith.
Toutes deux aimeraient être dans son lit, ne serait-ce qu’une nuit.
Une fille comme elles les aiment.
À Paris la semaine d’après.
Pas de bol.
Le Perrier siroté.
Plein Sud.
Direction le Pont de Sully.
L’île Saint-Louis entrevue, admirée du pont.
Elles sont déjà presque en retard.
Ce sera pour une autre fois.
La Rue du Cardinal Lemoine, en longeant brièvement St-Germain les mènent difficilement à la Mouff’.
La grimpette leur coupe les jambes.
Tentation de reprendre un pot Place St-Médard.
Dans dix minutes, un quart d’heure au plus, elle pourront se poser chez Claire.
Jane joue la guide touristique, enjouée.
Tente de cacher les tremblements de sa voix.
La boule qui la prend à la gorge.
Qui lui tord le ventre.
Des amours éteintes…
Peur qu’elles ressurgissent.
D’un jeu mutuel de séduction prévisible.
Pat veut s’attarder dans un magasin de souvenirs, trouve un beau calendrier de photos de Paris.
Jane se détend un peu en s’offrant un porte-clé.
Une tour Eiffel rose vif.
Kitsch, marrant.
Qui ne suffit cependant pas à calmer son angoisse.
Sur la place, des cageots, quelques légumes abandonnés témoignent du marché du matin.
Regret de l’avoir raté.
Un coup d’œil sur le bout de papier.
L’immeuble est presque en face du Métro Monge.
L’interphone ne fonctionne pas.
Un coup de fil, la porte qui s’ouvre avec son bruit caractéristique, électronique.
6e étage.
Sans ascenseur.
Pat grimpe vite la volée de marches inégales.
Jane, plus essoufflée, s’accorde deux pauses aux entresols.
Les toilettes communes qui demeurent.
Souvenir d’une époque pas si lointaine.
Celle de ses grand-parents, comme la plaque « Eau et gaz à tous les étages ».
Un luxe désuet.
L’angoisse de Jane qui monte toujours.
Les mains qui tremblent.
Pat qui s’en aperçoit, la prend dans ses bras.
- C’est fini… c’est toi que j’aime.
Timide sourire.
Pat qui frappe à la porte.
Claire.
Souriante, joviale, la douceur qui se lit dans ses yeux.
Qui sait se rendre immédiatement sympathique.
Va chercher des verres, une bouteille dans la cuisine attenante à la chambre.
Deux anciennes chambres de bonnes réunies pour faire un deux-pièces.
Sous le toit de zinc.
Froid l’hiver, étouffant l’été.
Mais un nid décoré avec goût.
Le canapé est profond, moelleux.
Jane, Claire, Pat.
Discussion ponctuée de rires.
Les amours de Pat en filigrane.
Le charme de Claire.
Jane la trouve belle, attirante.
Au détour de la conversation dépose un baiser sur sa joue.
Tendre, débordant un peu au coin de ses lèvres… Regarde Pat.
Elle sourit.
Hésite.
Claire n’aime que les femmes…
Elle est entre les deux.
Inter-sexuée.
Un moment de recul de Claire.
D’observation de Jane.
Ses lèvres qui s’offrent.
Caressées par celles de Jane.
Doucement.
Avec précaution.
Peur de la brusquer…
Un murmure de protestation…
Tendre.
- Non… Tu n’es pas une femme…
Voix troublée dans le désir contradictoire de l’ambiguïté.
Jean repoussant Jane dans son esprit.
Ou l’inverse.
Elle ne sait pas.
Ne sait plus.
Le refuse, confusément, consciemment.
Se laisse porter à nouveau.
Sa main caresse le visage de Jane à présent.
Ses joues, ses yeux.
Soudain, repoussée.
Fermement.
Des yeux qui s’ouvrent.
Pat.
Debout.
Devant elles.
Qui les séparent.
Les embrassent tour à tour.
Sourit à Jane lorsque ses lèvres tentent à nouveau de s’approcher de Claire.
- Non… que moi… et vous deux, séparément mon amour.
Pat…
Qui connaît les fantasmes de Jane, de Jean, sur le bout de sa langue.
S’installe entre elles 2, elles 3.
Les embrassent tour à tour.
Empêche Jane d’en faire autant.
Cela fait partie du jeu.
Délicieux.
Déjà elles délaissent leurs verres, les petits gâteaux apéro.
Filent vers la chambre.
Guidées par Pat.
Une main pour chacune.
Depuis leur rupture, Claire n’a pas changé ses habitudes.
La nuisette est sous l’oreiller.
En boule.
Parfait pour faire un lien.
Déjà Jane a croisé ses bras ses poignets dans le dos.
Vite immobilisée.
Un T-shirt pour ses chevilles.
Clouées.
Presque christiques.
Elle y pense.
En sourit…
Mécréante jusque dans ses ébats.
Les baisers de Pat se font plus précis.
S’interrompent.
Parcourent maintenant les seins de Claire.
Ils sont beaux.
Un peu gros, pas trop.
Laiteux comme sa peau.
Doux surement.
Jane arrive à se tourner sur le côté.
À embrasser doucement un mamelon.
Repoussée par Pat.
Fermement.
Plus encore.
Ce sont des désirs masculins qui montent en elle maintenant.
En lui.
Les deux femmes sont si désirables.
Ensemble.
Séparément aussi.
Les mains de Pat qui les caressent.
Simultanément.
Leurs regards qui se croisent, emplis de plaisir.
Leurs respirations fortes.
À l’unisson.
Leurs gémissements de plaisir.
Leurs sexes offerts.
Soudain l’orgasme.
Celui de Jean, immense.
De Claire juste après.
Les liens de Jane détachés.
Les baisers partagés de Pat à nouveau.
Tendres.
Partagés entre elles deux.
Elles se sourient.
Heureuses d’avoir presque fait l’amour ensemble.
Presque.
Leur souffle court qui reprend son rythme normal.
Le canapé de nouveau.
Elles restent nues.
Aiment s’offrir au regard des deux autres.
Les troubler de nouveau.
Il est tard.
La lumière dans le petit séjour.
Leurs vêtements.
Claire n’a rien à leur offrir.
Propose un restaurant.
Pat et Jane qui n’ont pas envie de refuser.
Même si leur budget explose.
Elles mangeront un Kebab demain vers la Rue des Écoles.
Le Boul’ Mich’ cher au cœur de Jane.
Où Jean a vécu tant de choses.
Brûlé sa jeunesse.
Jane tente de ne pas y penser.
Repousse la nostalgie du passé.
Jouir de ce moment.
Direction la Mouff’ à nouveau.
Le restaurant a l’air assez cossu.
L’accueil y est souriant, les prix étonnamment raisonnables.
Claire est visiblement une habituée.
Demande une table près du jardin.
Discute un peu avec la patronne.
La laisse avec de nouveaux clients, les guide au fond de la salle.
Un jardin d’hiver.
Séparé du restaurant par une cloison de verre.
Les plantes grasses, les palmiers éclairés par des projecteurs au sol.
Une table ronde.
Symbole de leurs ébats amoureux et tendres.
Tendres.
Amoureux un peu cependant.
La cuisine est traditionnelle, agréable.
Elles traînent ensemble.
Après le café.
N’ont pas envie de se quitter.
Claire propose de dormir chez elle…
Tentant.
Elles se laissent faire, cèdent à la tentation…
À SUIVRE.
Episode 7
EPISODE 7 : 6 au 13 février 2011
Paris, Partie 2 : 7 février, 9°-18° arrondissements.
Elles, il et elle,s’éveillèrent tard.
Le voyage, l’arrivée à Paris, leurs ébats.
Leur balade nocturne.
L’envie de trainer au lit aussi.
De sentir l’autre contre soi.
Ne pas faire l’amour.
Juste jouir d’être ensemble.
Simplement.
Dix heures, dernière limite pour le petit déjeuner.
Une demie-heure avant un tour à la douche.
Pat.
Jean la rejoint sous le jet brûlant.
Les caresses, les rires sous prétexte de se savonner.
Pas le temps d’aller plus loin malgré leur désir.
Maquillage.
A peine pour Pat.
Outrageux pour jean, à nouveau Jane.
Le silicone qui remplit de nouveau un soutien-gorge de dentelle.
Rouge.
Corsage de la même couleur.
Très échancré.
Leurs sourires, l’escalier.
Elles sont les dernières, seules dans la salle à manger.
Des cafés enchaînés.
Des croissants, parisiens, les seuls.
Prennent leur temps, se regardent, parlent.
La patronne, vieille écolo un peu hippie malgré ses cheveux blancs qui les virent gentiment.
Le couvert à mettre pour midi.
Plus de onze heures déjà.
Pat veut voir le Sacré-cœur.
Hurlements de protestation de Jane, pas cette saloperie !
Un tour dans Montmartre, Pigalle…?
D’accord, elle mangeront plus tard, un couscous vers Barbès.
Les meilleurs, les moins chers aussi.
Direct de République en Métro.
Cinq minutes de marche, autant de tunnel.
La rame est presque vide, elles peuvent s’assoir.
Les gens bossent à cette heure-ci.
Métro Barbès.
L’angle des Boulevards Barbes et Rochechouard.
La foule .
Bigarrée.
Noire, arabe, presque pas de blancs.
Quelques touristes, des parisiens qui vont s’encanailler.
Les mecs qui tentent de fourguer d’authentiques montres suisses à dix Euros.
D’autres qui arnaquent le gogo au bonneteau, les cartes sur un carton.
Qui décarrent pour le principe au passage des flics.
Qui s’en foutent.
Reviennent aussitôt.
Les magasins où l’on vend de tout pourvu que ce soit en plastique.
Elles prennent Barbès, fendent la foule.
Jane tire presque Pat, lui dit de faire gaffe à son sac à dos.
- A droite !
La Goutte d’Or.
Uniquement des immigrés dans la rue bordée de taudis.
Certains murés, en attente de démolition.
Visiblement squattés.
D’autres immeubles, plus neufs.
Les marchands de sommeil.
Salopards.
Souvenirs.
Des immeubles convoités par les promoteurs qui brûlent au bon moment.
Des familles asphyxiées, des morts.
Les coupables jamais retrouvés.
Un hasard fâcheux…
Manifestations de soutien.
L’Abbé Pierre en première ligne, les organisations antiracistes, l’extrême-gauche parisienne.
La population du quartier, du XX° aussi.
Les mêmes incendies.
Les mêmes morts.
L’occupation de la Place de la Réunion, la naissance du DAL.
Il y a vingt ans.
Déjà.
Jane le raconte à Pat.
La voix vibrante d’émotion encore.
C’était hier.
« Indignez vous ! ».
Le testament politique et humanitaire, best-seller de Stéphane Hessel.
Un succès rassurant.
Des doutes qu’elles partagent sur l’engagement réel des lecteurs après l’avoir rangé dans leur bibliothèque.
Petite conscience de gauche apaisée.
Frileuse.
La rue qui défile pendant qu’elles parlent.
Sans se tenir par la main.
Côte à côte comme de simples amies.
Pas de provoc’ ici.
Homophobie quotidienne, des trans passées à tabac il y a peu.
Par des voyous d’abord.
Les flics ensuite.
Putain de pays !
Un mec leur propose de la came.
Shit, acide, coke, héro ?
Ça sent le traquenard à plein nez.
- Non merci.
Pat qui parle.
Jane serait trahie par sa voix trop grave.
Faire gaffe.
Encore.
Sur la gauche un petit couscous de quartier.
Quelques vieux arabes qui savourent un thé à la menthe en jouant aux dominos.
La télé sur Al Jazeera.
Elles entrent.
Optent pour un couscous poulet merguez à 10 Euros.
Le prix d’un croque-monsieur infect Place du Tertre.
A vol d’oiseau à 500 mètres au dessus.
Deux mondes qui s’ignorent.
Elles regardent les images.
Le Caire, une place pleine de manifestants, les flics qui passent à tabac ceux qu’ils chopent.
Des mecs en civil.
Des chars qui ne bougent pas.
Elles se demandent ce qui se passe, ce qui va se passer.
Penser à acheter « Le Monde » ce soir.
Le couscous arrive.
Fumant, copieux.
L’apéro offert par le patron.
Sympa.
Une bonne heure qui passe.
Elles se sentent bien ici.
Même si elles savent qu’elles ne pourraient pas y vivre.
Trop crade.
Trop différentes,trop blanches, trop trans, trop bi.
Mais bien tout de même.
Elles se décident à monter vers la Butte.
Ce n’est pas le plus direct mais Jane tient à montrer le Marché Saint-Pierre à Pat.
Elle redescendent sur Barbès, remontent un peu.
Les première boutiques à touristes.
Bondées.
Tee-shirts « I love Paris », Tour Eiffel et Sacré-cœur en miniature, sous des boules de verre avec l’inévitable neige, des Poulbots, des posters de Bruant, de La Goulue par dizaine, des appareils photos jetables pour les distraits…
Le funiculaire est à deux pas.
Elles pressent le pas, tournent à droite.
Le marché.
Les tissus innombrables.
Toutes les couleurs, tous les motifs, toutes les origines.
Elle font le tour, prennent le temps.
S’attardent à tous les stands.
Jane craque pour un tissu africain rouge pâle.
Pour son canapé.
Pat un batik orange.
Il ira sur le mur de son salon.
Ressortent.
A nouveau les touristes qui font leur plein de souvenirs de Paris à deux balles.
Prennent le funiculaire.
Serrés comme des moutons dans une bétaillère.
Ils ne savent pas qu’il y a eu un abattoir ici.
Humain.
La commune qui s’est battue jusqu’à la dernière cartouche.
Les fusillés, les asphyxiés dans les carrières de craies, enterrés vivants.
Les déportés en Nouvelle-Calédonie.
Parmi eux, la vierge rouge.
Louise Michel.
Farouche institutrice, combattante jusqu’au bout.
La seule qui a instruit les « sauvages cannibales » Kanaks lors de son exil.
Tous les anonymes.
Toutes les anonymes, femmes aussi, plus encore combattantes que les hommes.
Les dernières à avoir tenues un Chassepot contre la mitraille Versaillaise.
Remplaçant chaque homme qui tombait.
Un mari, un amant, un fils, un frère, un voisin.
Un Camarade.
Héroïques femmes de Paname.
La voix de Jane tremble d’émotion, de colère encore tandis qu’elles gravissent les rudes escaliers de la Butte.
Parmi le peuple en marche vers l’espoir, son quadrisaïeul.
Il y a cent-quarante ans.
Cinq générations de militants révolutionnaires.
C’était hier.
L’espoir, toujours, de changer ce monde.
Devant elles, infecte merde de crème chantilly, le Sacré-cœur.
Construit pour expier les crimes de la Commune.
Des prêtres, des religieuses qui se relaient depuis sa construction pour prier à la mémoire des « victimes des Rouges ».
Vingt-quatre heures sur vingt-quatre.
Pas de d’oubli, pas de pardon non plus !
La mémoire n’est pas morte.
Des larmes d’émotion qui coulent des yeux de Jane.
Pat la serre dans ses bras.
Envie de foutre une bombe, de faire sauter cette saloperie.
Elle dépassent rapidement le monument, mitraillé par des hordes de touristes venus de partout.
Passent tout aussi vite la Place du Tertre.
Envoient chier les caricaturistes, les peintres à Poulbots qui refilent leurs croûtent une fortune aux japonais persuadés d’investir dans les descendants des Gauguin,Van Gogh, Renoir, Manet, Monet…
Fauchés qui payaient leurs repas avec leurs toiles.
Quand le patron acceptait, n’en avait pas encore marre de l’ardoise…
Ils ignoraient que leurs héritiers seraient milliardaires …
Encore cent ou deux cent mètres, les touristes se font plus rares, disparaissent tout à fait.
- -Viens par là !
Étroite, en pente forte, bordée de murs d’enceinte de jardins d’où dépassent des vignes, la Rue St-Vincent.
Celle de la chanson.
« Sur cette Butte là y’avait pas de gigolettes, pas de marlous ni de beaux muscadins… »
Elles fredonnent ensembles.
Pat n’en revient pas d’être là, après avoir des années durant chantée la reprise de Renaud.
Rient de chanter faux.
Se laissent portée par la magie du vrai Montmartre.
Elles tournent à nouveau, Rue Lepic, Place Jean-Baptiste Clément.
Les chagrins d’amour du « temps des cerises ».
Leur bonheur à elles.
La petite Place est déserte.
Elles s’étreignent, s’embrassent, se couvrent de caresses.
Ont envie de faire l’amour.
Là, maintenant.
Pas possible.
Elles se serrent par la taille plus fort encore, continuent la descente.
Tournent, descendent, tournent encore.
Rue des Trois Frères, Rue de la Vieuxville.
Soudain le bruit d’abord, les passants de plus en plus nombreux ensuite.
Paris qui les absorbent de nouveau.
La foule au Métro Abbesses.
Plein les jambes de la ballade à Montmartre.
Le bistrot du coin.
Deux demis, deux autres.
Elles se tiennent par la main, se bécotent, impudiques.
Derrière le comptoir, le patron moustachu avec son obligatoire berger allemand.
Il les matent.
Mélange de haine des pédales, de désir de ces deux femmes, cet homme et cette femme ?
Son trouble qui accroit son regard mauvais.
Elles foutent le camp.
- Et maintenant on fait quoi…?
Ton faussement innocent de Pat.
Jane adore.
Elle le sait très bien.
Sourire…
- Pigalle mon amour ! On va faire des emplettes, hummm…
Jane fait sa coquine à son tour.
Pat lui file une bonne claque sur les fesses.
L’excite.
Ça aussi elle le sait.
- on est vraiment deux salopes mon amour !
Elles éclatent de rire, se prennent la main.
Accélèrent le pas en descendant.
La circulation, les passants se font de plus en plus nombreux.
Les premiers bars à « hôtesses ».
Glauques.
Les hôtels de seconde zone, les chambres louées à la demie-heure.
Quelques travestis aux gueules de junkies qui tapinent sous les porches.
Elles leurs sourient.
Ça ne doit pas leur arriver souvent.
Rendus timidement, de manière pathétique.
Un seul qui les branchent.
Elles lui disent non, gentiment.
Il insiste.
A nouveau.
Murmure de Jane.
- Il doit vraiment avoir besoin de thunes, t’as vu sa tronche, camé ce mec…
Pat qui acquiesce en silence.
Gravement comme elle le fait parfois.
Cas de conscience.
Il achètera sa dope de toute façon.
Elles fouillent dans leurs poches de jeans.
La monnaie du couscous, du bistrot.
Un peu plus de trente Euros à elles deux.
Filent le fric au mec.
Regard interrogateur.
- Non, on veut rien. Bonne journée.
A pleurer.
Jane qui se souvient de deux amis de Cité-U.
Overdose.
Elle n’y avait plus pensée depuis…
Plus de vingt ans, vint-cinq ?
Ils passaient leur temps à taxer…
i - Ça ne va pas ?
Pat la sort de ses pensées, la ramène au présent, à leurs amours.
A la foule qui grouille maintenant Place Pigalle.
Les patrons de sex-shop miteux font de la retape pour les peep-show sur le trottoir.
Des touristes encore, qui vont au Moulin Rouge.
Des clients des bars à putes.
Les truands de la grande époque d’Audiard ont disparus, remplacés par les pickpockets, les dealers.
A l’exception des rares travestis, même les prostitués ne sont plus là.
De nombreux couples, des hommes seuls aussi, prennent la direction du Sexodrome.
Supermarché du sexe, pour tous les goûts.
Elles passent devant les revues, les DVD s.
Sans y jeter en coup d’ œil.
Les sex-toys, elle s’attardent un peu.
Rien qui les tentent.
Elles ont déjà ce qui leur plaît…
Regards complices, baisers plein de désir échangés.
Direction le sous-sol, la lingerie.
Jane en frétille déjà, en rajoute comme d’habitude.
Elles passent de rayons en rayons.
Pas de cuir.
De la dentelle.
Regardent les modèles.
Un bustier, particulièrement sexy.
Pour Jane.
Continuent leur shopping coquin.
Un petit ensemble les fait craquer à nouveau toutes les deux.
Soutien gorge de dentelle noire, culotte avec une mini jupette assortie.
Un porte-jarretelle.
Elles complètes avec des bas,de dentelle noire également.
Jane s’imagine déjà dedans, Pat également.
Elle lui chuchote son désir à l’oreille.
Aime la féminité de sa compagne, compagnon.
Sa masculinité à elle.
Désirs et fantasmes partagés.
Merveilleuse communion.
Elles décident d’arrêter les frais, ce soir un bon restaurant.
La caisse, le tout dans le sac à dos de Pat.
La nuit est tombée lorsqu’elle ressortent du sex-shop.
Plus de monde, le Crazy Horse a ouvert, le Moulin Rouge également pour le dîner et le spectacle du soir.
Les cars sont garés devant, les touristes font la queue.
Le rêve de voir les danseuses habillées de lumières qu’il vont réaliser.
Dans la salle.
Pas à la télé les soirs de nouvel an.
Métro Pigalle, changement à Barbès, République.
L’hôtel.
Jane essaye leurs emplettes, opte pour le petit ensemble ce soir.
Une mini en cuir pour compléter le tout.
La douche, longuement, puis le tour de Pat tandis qu’elle se remaquille.
Se rase à nouveau de près jusqu’à avoir le menton totalement glabre.
Un peu de fond de teint discret.
C’est parfait.
Une heure à se faire belles.
Elles ont réservées pour ce soir.
Un restaurant d’exception, trouvé dans le routard, rubrique « Plus chic ».
Retour à pied à République.
Presque à l’angle du Faubourg Saint-Denis, le grand restaurant.
D’anciens ustensiles de cuivre exposés en vitrine.
Le décor que l’on devine plus que l’on ne l’aperçoit.
Ça a l’air superbe.
Elles entrent, confirment la réservation, donnent le nom de Pat.
- Pour deux c’est ça.
Temps perceptible d’hésitation du serveur.
Doutes sur le sexe de Jane.
Sa tenue choquante pour les bourgeois habillés pour aller au spectacle qui composent la clientèle.
Costume pour les hommes, de bonne coupe.
Robe du soir pour les femmes.
Elles détonnent.
Le savent, pouffent de rire.
Le loufiat tire la gueule, les amènent à leur table.
Imparable le coup de la réservation pour être admises ici.
Nécessaire aussi, la salle est comble.
Elle s’abîment dans spectacle des fresques datant de l’ouverture de l’établissement.
Au début du dernier siècle.
Des femmes uniquement, style Art-Déco.
S’étreignant, sensuelles et désirables.
Impression d’êtres entrées à l’intérieur d’un tableau de Klimt.
Le plafond, peint également sur ses moulures ornées de stuc.
Elles n’entendent pas le serveur arriver.
Il tousse.
Elles sortent de leur contemplation, s’excusent.
Prennent la carte.
Il leur recommande les huitres, le homard entier de la marée de ce matin.
Envie de rire.
Une bretonne et une marseillaise…
Il insiste.
Hors de prix.
- on va regarder la carte…
Trois menus, de 90 à 200 Euros.
Elles se concertent, tentées par le foie gras et le saumon du deuxième.
Coincent sur les 130 Euros à débourser.
Se laissent porter par leur gourmandise.
La seule sortie de la semaine, les prix qu’elles avaient déjà repérées dans le Routard.
Optent pour un Bourgogne blanc.
Ni trop sec, ni trop sucré.
Une bouteille à soixante Euros.
Faire tout de même les comptes.
Retour du serveur, prêt à leur fourguer son « cru exceptionnel ».
Plus cher que le menu.
Elles le laissent baratiner un moment.
Pour le fun.
Annoncent leur choix.
Encore un qui fait la gueule.
Sûrement payé en partie au pourcentage.
Service rapide.
Elles soupçonnent que l’on veut les voir quitter les lieux rapidement.
Compte là-dessus…
Les plats sont exquis.
Pas de regrets.
Fabuleux plateau de fromage.
Jane opte pour un brie de Meaux, un Roquefort, un crottin de Chavignol.
Pat les deux premiers.
Pas très chèvre.
La ronde des desserts est encore pire pour les calories.
Mousse au chocolat pour Jane, fraisier pour Pat.
Elles goûtent chacune le choix de l’autre.
Les deux aussi délicieux.
Savourent en prenant leur temps…
Coups d’œil au serveur qui piaffe.
- On prend un café et un digestif ?
Pour le plaisir.
Pour le faire chier aussi.
Les cafés sont servis un peu trop rapidement.
- La note ?
- non. Deux Armagnac s’il vous plaît.
Jane.
Forcément Jane.
Qui fait sa provocante, veut provoquer le désir de ce blaireau.
- T’imagines qu’il se mette à bander pendant le service ?
Pat éclate d’un rire tonitruant.
Têtes qui se tournent dans la salle, murmures outrés des rombières à perlouzes.
Le serveur qui apporte les alcools.
Rouge encore de confusion.
Elles savourent la brûlure de l’Armagnac, la chaleur qu’il procure.
Échangent un baiser impudique.
Tant qu’à faire…
Boivent lentement leurs verres, font durer le plaisir.
D’être ensemble, de s’ être payées un festin au dessus de leurs moyens.
Elles finissent leur verres, papotent un moment encore.
Demandent l’addition.
Putain !
360 Euros…à deux, mais quand même…
Elles sortent leurs chéquiers, si les chèques sont en bois ils les représenteront.
Ils se font assez de fric.
C’est pas grave.
Demain midi,sandwich quelque part sur un banc public, un de ceux chantés par Brassens.
La fin d’après-midi et la soirée invitées chez une ancienne amante de Pat, au cœur du Quartier Latin.
A SUIVRE…
Cet épisode est dédié avec beaucoup d’émotion :
-A la mémoire de mon ancêtre, anarchiste et communard dont j’ai hérité de livres à travers les siècles datant des années 1880 , par l’intermédiaire de son petit-fils, mon grand père toujours révolutionnaire à 90 ans.
-A celle de Georges et « Sid », compagnons proches dans la mouvance Bérurière de la fin des années 1980, morts d’une overdose avant leurs 25 ans, dont l’écriture de ces lignes a ravivé le souvenir…
-A mon pote F., guitariste-bassiste de la scène Punk française depuis 25 ans,pour qu’il se sorte le nez de cette poudre de merde, définitivement.
Et plus généralement:
Aux milliers de parisiens, martyrs de la « Semaine sanglante ».
Aux milliers de victimes directes ou indirectes de la dope.
Episode 6
Paris, Partie 1 : 6 février, 10° arrondissement.
La semaine qui passe vite.
Tous les après-midi tous les soirs, le téléphone.
Longtemps.
Une heure, deux parfois.
Mots d’amour, de désir échangés.
Leur quotidien partagé.
Impatience mutuelle de se retrouver.
Les fringues dans le lave-linge.
La valise déjà prête mercredi.
Vendredi,dernière matinée de travail.
À14 heures, le TGV pour la capitale, arrivée deux heures plus tard.
Pat qui a pris sa journée aussi.
Fermée son cabinet d’infirmière.
Elle arrivera plus tard, 18 heures.
Le soir un restaurant.
Jane est à la gare à 12h30, impatiente.
Achète « Libé », le lit avec fébrilité.
Le train enfin, Montparnasse tout au bout.
Métro.
Direction Austerlitz.
La Seine à traverser.
Gare de Lyon.
Pat n’arrive qu’après 18 heures.
Le buffet de la gare, son bouquin, Manchette.
Les cafés enchaînés.
Sortie, clope.
À nouveau un café.
Cinq ou six qui accroissent sa nervosité.
Une dernière clope, une annonce à l’intérieur.
Le train en provenance de Marseille, quai numéro 8.
La foule qui se presse, Jane se faufile.
Attend au bout du quai, scrute les visages.
Elle.
Leurs bras, leurs lèvres.
La valise presque oubliée.
Jane tend un ticket de métro à Pat.
La rame arrive, bondée.
Sept heures, heure de pointe.
Leurs étreintes leur font oublier les odeurs de sueur, les visages grisâtres.
Changement à Châtelet.
Direction République, encore une station.
Dix minutes de marche, les valises à roulettes qui basculent.
La Bourse du Travail, le Faubourg.
Le canal Saint-Martin enfin.
Derrière le Quai de Jemmapes, l’hôtel.
Sympa, coquet, sans prétention.
La chambre.
La porte rapidement refermée, les valises posées à terre.
Le lit, leur fébrilité à se déshabiller.
Elles font l’amour, longuement.
Se cherchent, se trouvent, se cherchent à nouveau.
Leurs mains qui parcourent leur corps.
S’attardent là où elles savent que l’autre réagira.
Leurs langues qui se mélangent.
Lèchent leurs seins, leurs sexes.
Leurs dents qui mordillent leurs seins.
Celles de Pat qui mordent plus fort, ceux de Jane.
Encore.
Sa violence maintenant.
Fesses de Jane qui claquent, plaisir, excitation.
Pat qui se lève.
Ouvre sa valise.
- Un cadeau pour toi ma chérie…
Sourire aux lèvres.
Deux paires de menottes, un martinet, un bandeau.
Les bracelets qui immobilisent les poignets, les chevilles de Jane.
Pat qui l’aveugle.
Le noir absolu, ne pas savoir, deviner la suite…
Impuissante.
À sa merci.
D’elle même, elle se met à plat-ventre.
Les lanières de cuirs caressent ses fesses.
Puis claquent.
Doucement.
La caresse à nouveau.
Claquent, plus fort.
Jane gémit, supplie.
Excitée à l’extrême.
Encore, plus fort.
Sa douleur, son plaisir.
Pat se fait plus violente.
Encore plus.
Jane halète, sent qu’elle va jouir.
Commence à avoir mal.
Pat arrête, d’instinct au bon moment.
Ne pas la faire souffrir.
Rester dans l’excitation, le mélange de douleur et de plaisir que Jane apprécie tant.
Elle lui caresse le visage, l’embrasse tendrement.
Son torse, son sexe qu’elle prend dans sa bouche.
Jouissance accrue par la sensation de juste sentir ses mains, sa bouche.
Les attendre sans les voir.
Elle l’enlace, lui parle.
De leur érotisme, de leur amour.
La libère des menottes, retire le bandeau.
Jane qui se jette contre elle, lui caresse le dos.
Tendresses.
Un sourire de Jane.
- Tu n’as pas faim ?
Pat réalise également son ventre qui la tenaille.
- Si… on va où ?
Jane se fait prier, veut lui faire la surprise.
Pat qui insiste, veut savoir.
- Je t’ emmène en Inde…
Curiosité de Pat, Jane refuse d’en dire plus.
S’habille, va se remaquiller.
Soutien-gorge renforcé de silicone.
Un petit top échancré.
Des dessous de soie sous son jean.
Son blouson, ouvert.
Être femme.
Désirable.
Elles sont prêtes.
L’escalier, la rue.
Direction le Boulevard Magenta, le Faubourg Saint-Martin.
Après cinq minutes, Jane prend la main de Pat.
Elle traversent, longent encore un peu le Faubourg.
- Et voilà !
Sur la gauche un passage, un peu vieux.
Une enseigne.
Passage Brady.
Elles s’engouffrent à l’intérieur.
Des boutiques indiennes.
Des saris, des films de Bollywood, de la musique.
CDs aux pochettes kitchs.
Plusieurs restaurants, des odeurs d épices qui embaument le passage.
Un coup d’œil aux cartes, aux prix assez identiques, à la clientèle aussi.
L’un plus rempli que les autres, presque uniquement d’indiens de Paris.
Toujours bon signe, elles entrent.
Accueil chaleureux, une table pour deux au milieu des conversations qu’elles ne comprennent pas.
Les clients habillés de l’élégance des gens simples, du peuple lors de la sortie, du petit plaisir de la semaine, du mois.
Peut-être un cinéma ensuite, une comédie musicale de Bollywood.
Le serveur qui apporte la carte, donne des explications sur les différents plats.
Prend soin de préciser le piquant des currys.
Réflexe à l’égard de Français ignorants de cette gastronomie.
Elles optent pour un menu, celui à prix moyen.
Savourent les plats presque en silence, mains dans les mains, échangeant quelques baisers, chastes et amoureux.
Deux thés à la cardamome, l’addition.
Déjà plus de 22h20.
Jane l’entraîne par l’autre sortie du passage.
Rue du Faubourg Saint-Denis, la place de la République.
Lieu de départ de tant de manifs.
Jane lui en raconte quelques-unes, les plus marquantes, ses combats les plus importants.
Mouvements étudiants, grèves massives, droit au logement, soutien aux sans-papiers, premiers Mai…
Elle en oublie.
La première guerre du Golfe lui revient en mémoire, les manifestations interdites.
Ayant lieu tout de même, bravant les cordons de CRS encadrant les manifestants.
Ses amis de l’époque, certains qui le sont toujours.
N’ont pas trahi les idéaux de leurs vingt ans.
D’autres, perdus de vue depuis longtemps.
Profiter de leurs vacances pour lui présenter.
Pat est d’accord, avec enthousiasme.
Veut connaitre le passé de Jean, quand il n’était pas encore Jane.
La discussion les amène sur les grands boulevards où les théâtres s’alignent.
La rue du Faubourg du Temple.
Souvenir de lectures, des Templiers qui ont asséché les marais pour y construire leur Commanderie.
Légendes autour d’un fabuleux trésor.
Philippe Le Bel ordonnant l’arrestation, le bûcher.
« Les Rois Maudits », série de leur enfance.
Jane en parle avec passion, Pat écoute.
Découvre ce Paris populeux, celui des barricades plus tard.
Aujourd’hui des comédies populaires, du Marivaux, des humoristes plus ou moins drôles.
Les cinémas aussi.
Le Paris du Peuple.
Vivant, foule joyeuse, gouailleuse de familles en goguette.
Celui que Jane aime.
Qui séduit Pat, cassant le cliché des voyages organisés.
Tour Eiffel, bateaux-mouches, Sacré-Cœur,Galeries Lafayette, Disneyland, retour en province en car ou nouvel avion pour continuer à « découvrir » les Capitales européennes.
En 3 jours.
Leurs pas, leurs discussions, l’histoire de ce Paris méconnu les portent jusqu’à Belleville.
Elles sont fourbues, mal aux pieds.
Ont envie de retourner à l’hôtel, de faire l’amour.
Demi-tour.
Direction République, le quai de Jemmapes, l’hôtel.
Attirance irrésistible de leurs corps qui s’entremêlent déjà.
Jane ôte son haut, l’artifice du silicone réservé aux yeux.
Le jean, la culotte presque arrachés.
Pat nue, allongée déjà.
Ses seins offerts, ses cuisses ouvertes.
Demandeuses de caresses, de baisers.
Jane qui sent de nouveau sa masculinité, son désir d’homme au féminin.
Elle, il l’embrasse, suce ses tétons, lèche doucement son ventre.
Trouve son clitoris, le caresse de sa langue, le fait gonfler.
Presque instantanément.
Le suce, fellation féminine.
Pat qui gémit de plaisir.
Il le sait, se plait à la faire jouir ainsi.
La mordille.
Plus fort.
La reprend en bouche.
Elle halète maintenant.
De plus en plus vite.
Son sexe trempé.
Jane, Jean le pénètre d’un coup violent.
Au plus profond.
Les mains, les ongles de Pat qui prennent ses fesses, les griffent.
Leurs respirations qui s’accélèrent, le plaisir qui monte.
Ensemble.
Orgasme de Pat, Jane qui sent arriver le sien.
Se retire vite du sexe de son amante.
Trouve sa bouche, jouit.
Toutes deux qui se relèvent, s’enlacent, s’embrassent.
Bouches, gorges, assoiffées de sperme.
Elles y goûtent toutes les deux, abondamment.
Chaleur, douceur du nectar dans leurs gorges.
Elles s’allongent, épuisées.
Jane qui recherche les bras de Pat.
Leur puissance musclée.
Son étau qui se resserre, la plaque contre ses seins.
Mélange de sommeil et de plaisir repu.
Bientôt l’inconscience de sombrer.
Longtemps, profondément…
Demain, un nouveau jour se lèvera.
Amoureux de nouveau.
À SUIVRE…
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Episode 5
« Les sulfureuses », épisode 5, du 10 au 31 janvier 2011
EPISODE 5 : 10 AU 31 JANVIER 2011
Attentes..
L’entrée de la bouche de métro regardée fixement, sans bouger.
Des étudiants sortent en masse pour aller en cours, futurs chômeurs.
Jane fait demi-tour, reprend le chemin de l’immeuble.
La barre qui fait la longueur de la rue, immeubles identiques.
5 étages sans ascenseur.
Dans l’entrée, l’interrupteur a été brûlé.
Gratuitement.
Encore un con.
Le blouson balancé sur le canapé.
La salle de bain, lingettes démaquillantes.
Jean de nouveau.
I-Télé, un coup d’œil sur les infos ignorées toute la semaine.
Rien de passionnant.
S’occuper l’esprit.
Coup d’œil à ses bouquins, quatre bibliothèques qui débordent.
Hésitation.
« Le mythe Arthurien. », souvenir de leurs discussions.
Concentration, la version originale de Chrétien de Troyes, en vieux français.
Quelques pages, le bip d’un SMS sur le portable.
« Suis dans le train. Tt ok. Pat »
Réponse, tout de suite.
« Je t’aime. Jane »
Attente.
Le bouquin à nouveau.
3 chapitres, lecture difficile.
Jean met un marque-page.
Ses mails.
Plus de 250.
Survol rapide, corbeille pour la plupart, vire les pubs du dossier Spams.
Facebook.
Deux ou trois commentaires, quelques liens partagés.
Déjà 18h30, préparer la bouffe.
Il téléphone avant, le portable de Pat.
Répondeur.
Une boîte, pas se faire chier à faire la cuisine.
Le cassoulet est infect.
Il tente à nouveau d’appeler.
À nouveau le répondeur.
Sa voix.
Trente secondes.
L’angoisse qui monte, une boule dans la gorge.
Regarde le programme télé, une soirée Théma sur Arte spéciale Truffaut.
Fin des programmes trop tard.
Il programme l’enregistrement sur le décodeur, regarde vaguement une série policière américaine.
Pense à Pat.
Trois épisodes à la suite.
Les deux premiers, il éteint la télé la lumière.
Va au lit.
La nuisette négligemment laissée sur le lit.
Un sourire, il se déshabille, l’enfile.
Le contact soyeux qui caresse son torse, ses seins, ses fesses, son sexe.
Le parfum de Pat qui l’imprègne.
Érection presque immédiate, désir incontrôlable.
Esprit qui vagabonde, souvenirs de sa douceur, de sa cruauté aussi.
Impossibilité de se contenir plus longtemps.
Sa main gauche qui trouve instinctivement ses tétons,
Ses ongles qui les pincent, à la limite du soutenable.
Son autre main qui caresse ses fesses, s’approche de son orifice, le pénètre.
Lentement d’abord, puis plus fort, ses doigts qui se referment vont très profondément en lui, elle.
Ne sait plus…
Son sperme qui perle, rappel de son sexe d’homme.
Besoin de se caresser.
Sa main qui sort lentement, empoigne son pénis le masturbe frénétiquement.
Jouissance rapide.
Trop rapide.
Trop solitaire aussi, frustration.
Besoin d’elle, de plaisirs authentiques.
Il se sent seul, abandonné.
Un somnifère.
Oublier son absence dans un sommeil de brute.
Le réveil qui sonne, il ne se souvient pas s’être endormi.
Tâte le drap à coté de lui.
Vide.
Se rappelle de son absence, le boulot à reprendre tout à l’heure.
Un shorty, un Jeans propre, un T-shirt sous son pull.
Café-clopes.
Départ déprimant vers le quotidien de nouveau.
Être Jean, juste Jean, cacher son identité.
Sa conne de chef qui l’emmerde de nouveau.
Ses discussions inintéressantes avec ses collègues.
Parfois, le soir, un tour dans un bar homo et gay friendly, institution rennaise.
Le comptoir, une bière, les toilettes.
Se maquiller, plaisir de plaire, d’attirer les regards.
De refuser gentiment les avances aussi.
Quelques verres, les toilettes, se démaquiller.
Retour chez lui.
SMS, tentatives de joindre Pat.
Pas de réponses.
Jours, semaines qui filent, mornes.
Désespoir grandissant.
Ce bel amour perdu.
Gestes, journées, identiques.
Horloge mécanique.
Le soir un CD piraté.
Vieux films témoins de la grande époque des nouvelles vagues françaises et italiennes.
Westerns spaghettis.
Le téléphone qui sonne parfois.
Son cœur qui s’accélère.
Non.
Le boulot, la banque, des relances pour factures impayées.
Il s’en fout.
Ça attendra, son découvert qui se creuse.
Est dépassé, plus de fric pour finir le mois.
Un peu sur son livret A.
Ça l’aidera à subsister jusqu’à sa paye de merde qui tombe dans 8 jours.
Déprime.
Jean hésite à aller chez le toubib, n’y va pas.
Des saloperies antidépresseurs qui ne règleront rien.
L’abrutiront.
Résignation.
Une déception de plus à sa collection.
Il hésite, n’aime pas étaler ses problèmes.
Sa pudeur.
Téléphone tout de même à Mareva et Séhérazade, se fait inviter samedi prochain.
Elles lui proposent de rester dormir.
Ne pas terminer la soirée pour le dernier métro.
Il accepte.
Se souvient du canapé, de sa première rencontre avec Pat.
Premier contact charnel, comment elles se sont fait l’amour, tour à tour.
Jane soumise.
22 janvier, 19h00.
Il redevient elle, Jane.
Arrive un peu en retard.
Elles le laissent parler.
Comprennent son chagrin.
Le prennent dans leurs bras essuient ses larmes.
Elle se sent mieux, presque bien.
Le repas, elles plaisantent, Jane se laisse prendre par l’ambiance.
Rit.
Première fois depuis le départ de Pat.
Oublie presque sa déception l’espace de cette soirée entre amies.
Deux heures du matin.
Shéhérazade fatiguée, propose d’aller se coucher.
Elles quittent la table, Jane se dirige vers le Clic-Clac.
S’apprête à le déplier.
- - Non…viens.
Les filles lui sourient, tendrement, lui prennent la main.
Elles se déshabillent, Jane les trouvent belles bien que très différentes.
Des caresses, des baisers échangés.
Douceur, sans sous-entendus.
Jane s’endort paisiblement,
Les bras de Mareva qui l’étreignent.
La journée du lendemain ensemble, presque joyeuse.
L’amitié qui fait oublier le quotidien, ses chagrins.
Quelques restes de la veille à grignoter, des tablettes de chocolat dévorées.
L’après-midi qui passe vite.
Heure de rentrer.
Trois jours glauques.
Mercredi, l’après-midi bien avancé.
Jean décroche sans regarder le numéro.
Sa banque, un créancier, un emmerdeur qui veut lui fourguer de la porcelaine…
- Coucou mon amour…
- C’est toi ?
Question stupide, oui c’est elle.
C’est Pat.
Enfin.
Elle va lui dire qu’elle la largue, quelqu’un d’autre, trop loin pour vivre leur amour…
Des mots d’amour, tellement attendus.
Des excuses timides de ne pas l’avoir appelée plus tôt malgré ses messages.
Ses doutes, besoin de réfléchir avant de décider.
Oui.. elle l’aime, la désire, lui promet mille choses.
Parle longtemps, l’allume en lui décrivant son envie de lui faire l’amour, d’être son homme, lui sa femme…
Le bonheur qui l’envahit…
Aimer, être aimée, longtemps.
Sa compagne, sa vraie compagne enfin trouvée.
Jane lui propose de revenir à Rennes le week-end prochain.
Pat ne peut pas.
Elle travaille, impossible d’annuler trois jours avant.
Jane qui attend d’être payée demain.
Elles se mettent d’accord, elle passeront le premier week-end de février ensemble.
Pat suggère Paris.
Plus pratique pour toutes les deux en TGV, envie de découvrir la ville qu’elle ne connaît pas.
Jane accepte avec plaisir.
Lui montrer les quartiers sympas, où les touristes ne vont pas.
Sa ville.
Le lendemain, la FNAC, le Routard.
Un petit hôtel sympa, pas trop cher, près du canal Saint-Martin, des vélos prêtés par les patrons écolos, des poutres apparentes.
Elle téléphone, réserve.
Appelle Pat.
Elle décroche.
Lui parle longtemps à nouveau.
Le canal, République, les Faubourgs, les impasses cachées derrière les portes cochères.
Avec passion.
Le petit hôtel, le romantisme du quartier.
Elle ne la voit pas mais l’entend sourire.
Le dernier week-end qui arrive, la joie de retrouver ses enfants, ses autres amours.
Plus qu’une semaine…
A SUIVRE…



